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« Pour réussir la révolution verte, nous voulons impliquer les citoyens ! »

Auparavant considérée comme un à-côté de l’aménagement urbain, la végétalisation devient aujourd’hui une priorité pour les acteurs de la ville. Mais pour Hugo Meunier, fondateur de Merci Raymond, végétaliser ne suffit plus, il faut des citoyens-jardiniers impliqués de manière durable. Avec la révolution verte, ce collectif entend bien semer un peu du bonheur de vivre à la campagne… au cœur des villes !

Raconter la ville rêvée à travers le regard d’acteurs qui contribuent déjà à la réinventer, c’est l’objet de nos entretiens « Nature de Ville ». Réhabilitation, technologies, art, biodiversité, mixité : nous donnons la parole à ceux qui pensent ou conçoivent la ville de demain.

New York, année 1973, un lotissement abandonné à Manhattan se transforme en jardin collectif. C’est l’œuvre de Liz Christy, activiste, et l’acte de naissance du mouvement du guerilla gardening qui utilise le jardinage comme moyen d’action environnementale. Depuis les années 2000, le mouvement s’est poursuivi en Europe et notamment en France où les actions se sont multipliées à Rennes, Grenoble, Lyon, Bordeaux et Paris.

La « révolution verte », Merci Raymond veut la mener avec tous les acteurs de la ville. Activiste dans l’âme, la jeune société a déployé de nouvelles méthodologies partout en France pour réaliser des projets toujours singuliers. L’ingrédient secret : aucune initiative de végétalisation ne peut fonctionner durablement sans implication citoyenne. Tous jardiniers ? Nous avons rencontré Hugo Meunier, son fondateur, pour en discuter.

La végétalisation contribue-t-elle à la résilience des villes face aux crises actuelles, et à celles qui nous attendent ?

Hugo Meunier. Tout à fait ! La notion de résilience urbaine est centrale dans toutes nos actions, car la végétalisation y contribue à plusieurs niveaux :

  • Lutter contre l’imperméabilisation des sols: celle-ci a de graves conséquences environnementales à commencer par les risques accrus d’inondations dans les villes très minéralisées. Avoir des sols naturels et perméables, végétalisés et surtout arborés, ça change la donne.
  • Rafraîchir la ville: la résilience d’une ville réside aussi dans sa capacité à s’autoréguler pour faire face à des crises climatiques, au premier chef les épisodes caniculaires que nous rencontrons désormais chaque été. Nous avons travaillé avec l’ADEME sur une étude qui recense 20 projets exemplaires de rafraîchissement urbain, que ce soit par l’utilisation de certains types d’essences d’arbres, la végétalisation de friches urbaines ou la création d’espaces de biodiversité.
  • Contribuer à l’autosuffisance alimentaire urbaine : c’est une question qui se pose depuis longtemps, mais qu’on a vue resurgir lors de la récente pandémie avec des villes sous forte pression. Bien sûr, l’agriculture urbaine ne sera jamais suffisante, mais, aujourd’hui, des partenariats créés avec certaines campagnes et proximités urbaines vont permettre de manger plus local.
  • Répondre au besoin d’accès à la nature des habitants des villes : nous l’avons vu avec le confinement et la réaction des Parisiens face à la fermeture des parcs et jardins, aujourd’hui, il y a une vraie demande des citadins de pouvoir se retrouver dans des espaces végétalisés. Si on veut rester dans une ville demain, et qu’elle soit résiliente, il faut avoir plus d’espace végétalisé et accessible à tous.

Le parc naturel des prairies Saint-Martin à Rennes, avec ses milieux restaurés qui contribuent à réduire les risques d’inondations de la ville grâce à cette zone d’expansion de crues (source).

Vous prônez une véritable « révolution verte », comment Merci Raymond entend-il la mener ?

C’est une révolution positive, et optimiste, qui doit émaner des citoyens, un mouvement de tout un chacun pour s’impliquer pour sa ville et pour le bien commun. La question de la nature en ville est de l’ordre de l’intérêt général, car si l’on a davantage de végétation alors on va contribuer à la diversité du vivant, à la baisse de la pollution et cela aura des effets bénéfiques à toutes les échelles ! À notre niveau, nous essayons de nous mobiliser avec tous les acteurs, que ce soit les architectes, les promoteurs, les bailleurs, les collectivités, etc. Tous ceux qui veulent participer, en réalité.

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Comment prendre en compte la biodiversité dans les projets immobiliers ?

Les paysagistes ne vont pas réussir à verdir la ville tout seuls ! C’est pour ça que nous avons des méthodologies pour transformer des citoyens en jardiniers, créer des associations de végétalisation, ou mettre en place des systèmes de production résilients à l’échelle d’un bâtiment ou d’un quartier, pour impliquer le gardien d’immeuble, le futur habitant, le commerçant, etc. Notre leitmotiv sur la révolution verte, c’est ça : impliquer, impliquer, impliquer.

Cette révolution verte est une réponse à l’urgence de la crise climatique, et dans les villes, nous pouvons tous contribuer à la lutte contre le réchauffement.

Face à la concentration urbaine, et ses effets sur le vivant, comment la végétalisation peut-elle devenir un outil de santé publique ?  

Je suis un partisan du fait que les collectivités, l’État et les villes devraient investir encore plus dans la végétalisation, et j’irais presque jusqu’à dire que la sécurité sociale pourrait y participer ! Que ce soit par rapport à la pollution atmosphérique ou la question des îlots de fraîcheur dont je parlais tout à l’heure, il est évident que la végétalisation a un rôle majeur à jouer pour la santé en ville.

Au niveau de l’individu, les plantes ont des effets bénéfiques à la fois physiques et psychologiques qu’il est bon de rappeler. Bien sûr, il y a les plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM), avec certaines variétés qui vont permettre de se soigner ou du moins d’atténuer certaines douleurs, mais la pratique du jardinage en soi contribue au bien-être, que ce soit par la transmission de valeurs de confiance en soi, de patience, de temps long, ou par le fait qu’il est prouvé que plus on jardine son potager, plus l’on consomme de fruits et légumes, surtout chez les plus jeunes.

Et il y a tout un aspect psychologique autour du végétal : il a été démontré que commencer sa journée en traversant un parc ou un jardin, un hall d’immeuble végétalisé vous fera passer une meilleure journée. Même chose au bureau, où être entouré de plantes permet une meilleure concentration et d’améliorer la relation avec ses collègues.

Vous avez réalisé un projet emblématique de cela avec le quartier de La Grande Borne, à Grigny.

Nous voulions nous investir auprès d’une population qui n’a pas toujours le temps de se préoccuper de ce genre de sujets environnementaux. Nous avons proposé au maire de Grigny et aux bailleurs, un projet très ambitieux de réappropriation des espaces partagés au cœur de cette cité, très peu végétalisés. L’inspiration, c’était Detroit aux États-Unis : après la grande vague de désindustrialisation des années 50, les habitants des banlieues s’étaient mis à jardiner et à faire des potagers un peu partout pour créer un environnement agréable et subvenir à certains besoins.

À Grigny, nous y sommes allés étape par étape, en impliquant les habitants à chaque fois pour comprendre leurs envies et leurs besoins pour les mettre en œuvre avec eux. L’idée était de les impliquer, pour créer des espaces communs et utiles à tous, et ainsi éviter les incivilités. Cela fait 4 ans que nous intervenons, et ça se passe très bien ! Depuis, nous avons été sollicités aussi à la cité des musiciens aux Mureaux, à Stains en Seine Saint-Denis et à la cité des Indes à Sartrouville. La santé se répercute sur les habitants à travers le mieux-vivre, les fruits et légumes, l’accès à des PPAM… En cela, la végétalisation est une valeur sociale !

Vous connectez végétalisation, lien social et bien-être des urbains. Pourquoi ?

Nous voyons la végétalisation comme la notion de lieu de vie. Prenez la place de la Nation : avant, c’était un rond-point, aujourd’hui c’est devenu un lieu de vie et donc un espace où les gens se donnent rendez-vous et se rencontrent. Améliorer les cadres de vie par la végétalisation, c’est créer du lien social à travers la réappropriation de certains espaces ! C’était ça à la Grande Borne, en impliquant les habitants dans la transformation d’un lieu qui pouvait paraître désagréable, en un endroit où l’on peut vivre et se retrouver.

Le lien social est tout particulièrement fort avec les fermes urbaines, ou périurbaines. Il y a beaucoup de friches industrielles dont on peut faire des lieux de destination dans des quartiers dits « dortoirs » qui n’ont pas d’espace de vie en commun. Dans ces micro-fermes, on peut jardiner, se rencontrer, échanger avec les grands-parents, les enfants… des liens intergénérationnels se recréent :  il y a beaucoup de valeurs qui se transmettent au potager, à l’image de l’arbre qu’on plante quand on est petit et qui grandit.

 Justement, vous avez mené de nombreuses initiatives d’agriculture urbaine. Comment crée-t-on un « écosystème de quartier » à petite ou grande échelle ?

Tout dépend de la destination et de l’objectif du potager ! Si l’on est dans un potager destiné à une copropriété et donc sur le toit d’un immeuble non accessible au public, nous mettons à contribution ses copropriétaires en créant une association de partage de ces parcelles, qui seront disponibles sur le modèle des jardins ouvriers. Mais si l’on est à l’échelle d’un quartier, pourquoi ne pas créer une ferme avec un modèle économique autonome, et pourquoi pas un modèle économique comme nous l’aimons chez Merci Raymond, inspiré de la permaculture, avec plusieurs sources de revenus qui permettent de financer un métier localement et durablement.

Aujourd’hui, il y a plein d’échelles possibles, que ce soit une école, une maison de retraite, un commerce… la nature peut s’intégrer partout !

Photo : végétalisation des bureaux de PWC et de l’hôtel le Kube, à Paris.

Et à toute petite échelle ? Est-ce que tout le monde peut devenir acteur de la végétalisation ?

Complètement ! À défaut d’avoir de l’espace dans votre logement, vous pouvez faire une demande de permis de végétaliser en bas de chez vous afin d’avoir accès à un bout d’espace public en échange d’un entretien régulier. Certains peuvent dire : « Moi, j’ai pas la main verte ! » et bien qu’à cela ne tienne, il y aura toujours des plantes qui nécessiteront moins d’eau, moins d’entretien et vous pouvez toujours vous coordonner avec vos voisins ou faire appel au plant-sitting.

Si vous avez la chance d’avoir un balcon ou accès à un toit, vous pouvez contribuer à la révolution verte, de manière très simple : contrairement à ce que l’on peut croire, il y a trop d’abeilles en ville par rapport aux nombres de fleurs à butiner… alors pourquoi ne pas planter des plantes mellifères, qui produisent de bonnes quantités de nectar et de pollen pour augmenter la biodiversité en ville ?

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À quoi ressemble votre ville idéale ?

C’est une ville citoyenne dans laquelle tout le monde s’implique pour la ville verte et productive, une ville où les gens se croisent et se rencontrent à travers des espaces végétalisés, une ville qui n’attend pas que les autres développent des espaces verts.

Cela fait écho aussi au métier de promoteur : bien sûr qu’il peut créer un cadre idéal pour pérenniser la ville verte, mais c’est aussi au citoyen de s’impliquer à son échelle pour la faire vivre dans le temps ! Moi je crois vraiment à cette notion de durabilité de la promotion immobilière, avec l’ambition de s’inscrire dans le temps et d’encourager les bons comportements, et pas simplement de construire un lot et le livrer. C’est un peu comme avec un jardin : la première année il est déjà pas mal, mais si l’on revient 5 ans plus tard et qu’il a été bien entretenu, on va avoir un très beau jardin avec une biodiversité incroyable ! C’est dans cette optique que doit désormais s’inscrire le promoteur.

Qui est Raymond, et pourquoi le remercier ?

C’est mon grand-père, agriculteur dans le sud de la France ! Lui dire merci, c’est surtout remercier ses valeurs universelles, qui sont celles de la campagne. Notre rêve, c’est de remettre un peu de cette campagne au cœur de nos villes.