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Le nudge va vous réconcilier avec l’escalier

Symptôme de nos modes de vie de plus en plus sédentarisés, le recours à l’ascenseur est désormais bien ancré dans nos habitudes. Pourtant, nous le savons tous, emprunter l’escalier serait bien plus bénéfique à notre condition physique. Une simple question de paresse ? Pas seulement, car les escaliers sont bien souvent éloignés, oubliés, négligés, réduits à leur utilité « en cas d’urgence ». Un état de fait que certaines constructions nouvelles viennent remettre en cause, sous l’impulsion du concept du nudge.

Nous l’empruntons tous les jours et il est un peu partout dans notre environnement : l’escalier. Aujourd’hui considérée comme un élément « banal » du mobilier urbain ou de nos halls d’immeuble, la construction de cette pièce d’architecture relève pourtant de la prouesse technique, développée au fil des âges. Dans les immeubles résidentiels comme dans nos trajets quotidiens, nous sommes pourtant de plus en plus nombreux à délaisser les escaliers pour leur préférer ascenseurs, escaliers mécaniques et autres trottoirs roulants.

Selon une enquête réalisée en 2019 par La Fédération des Ascenseurs et l’institut Ipsos, lorsqu’il s’agit de se projeter dans leur logement, 87% des Français jugent importante voire essentielle l’installation d’un ascenseur dans les futurs bâtiments à construire de moins de 4 étages. L’ascenseur, ce facilitateur de déplacements, n’a jamais autant eu la cote. Si ces chiffres – en progression – reflètent pour partie le vieillissement de la population française, ils sont de nature à interroger architectes et promoteurs immobiliers. Comment inciter les résidents d’un immeuble à emprunter l’escalier plutôt que l’ascenseur, et ainsi favoriser leur bien-être ? Pour les architectes Catherine Dormoy (ACD Architecte) et Vincent Parreira (AAVP), le déclin de l’escalier n’est pas inéluctable. A condition d’en repenser intelligemment la conception.

Mais où est donc l’escalier ?

Cela vous est forcément déjà arrivé. Vous voulez vous rendre au 2 étage d’un immeuble en empruntant l’escalier. Problème : impossible d’identifier rapidement comment y accéder. Vous vous rabattez donc sur l’ascenseur qui, lui, est bien repérable au premier coup d’œil dans le hall. Une situation qui peut sembler anodine mais qui révèle que les escaliers sont trop souvent réduits à leur fonctionnalité. Sombres, étroites et même parfois cachées derrière les portes coupe-feu, les cages d’escaliers des immeubles résidentiels ou de bureaux font rarement l’objet d’un aménagement de nature à faciliter leur utilisation. Et encore moins à nous encourager à les emprunter.

Un constat qui a poussé les architectes Catherine Dormoy (ACD Architecte) et Vincent Parreira (AAVP) à imaginer un escalier que l’on aurait envie de monter et de descendre. Dans le cadre de leur travail sur l’immeuble New G, « l’escalier redevient l’un des éléments centraux du bâtiment : il est spacieux, visible et baigné de lumière naturelle », expliquent-ils. Un dispositif simple et non contraignant inspiré par le concept du nudge, qui incite les habitants à s’y diriger, voire à s’y rencontrer. C’est d’ailleurs l’ensemble de la circulation du bâtiment qui a été conçu dans ce sens. « C’est un immeuble que nous avons imaginé comme un dispositif à ciel ouvert de onze étages où l’on déambule de passerelles en passerelles. 80% des escaliers sont à l’extérieur et l’accès au logement se fait par des coursives et non des halls non éclairés », détaillent-ils.

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De l’intérêt du nudge dans l’immobilier

Pour favoriser le bien-être des urbains, la convivialité au quotidien et l’écoresponsabilité, d’autres dispositifs similaires peuvent être déployés au sein des immeubles résidentiels. Leur point commun ? Ils s’appuient sur nos biais cognitifs pour encourager des comportements plus vertueux, pour nous-même comme pour les autres. Des procédés simples, accessibles et ludiques qui viennent nous encourager à changer nos habitudes, en douceur. « Plutôt que d’acheter une perceuse que l’on utilisera qu’une seule fois et de bricoler dans son appartement, nous avons imaginé un atelier du fait-maison », explique ainsi Catherine Dormoy. Un atelier de bricolage commun qui peut donc accueillir tous les habitants d’un immeuble. « Cet atelier est aussi un espace de rencontre, d’entraide et de partage », souligne en effet Vincent Parreira. Une démarche dans laquelle peuvent également s’inscrire une laverie commune, une bibliothèque partagée ou un potager, tous participant activement à la vie sociale du bâtiment et à la création de vrais liens sociaux.

Pour être efficaces et bien acceptés, ces dispositifs doivent toutefois être pensés pour répondre aux besoins réels des habitants. Dans le cas de New G, par exemple, OGIC et Altarea-Cogedim se sont associés à BVA, société d’études et de conseil française pionnière sur les sujets liés au nudge. Une enquête ethnographique a ensuite été lancée afin d’identifier, auprès de ménages parisiens, les besoins, mais aussi les leviers et les freins possibles aux changements dans certains comportements. En plus des architectes, une équipe de signaléticiens et de graphistes se sont attelés à la conception de nudges adaptés. L’immeuble en compte aujourd’hui près de trente-cinq, une première en France.

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