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Comment prendre en compte la biodiversité dans les projets immobiliers ?

Le secteur de l’immobilier, avec l’ensemble des acteurs de la ville, a pris conscience de sa responsabilité en matière d’empreinte écologique et de l’urgence d’une transition écologique réussie. Aujourd’hui encore majoritairement dominée par le minéral, la ville doit désormais se penser dans une alliance avec la nature, afin de faire advenir une véritable biodiversité urbaine. Pour OGIC, cette nouvelle nature de ville constitue bien l’enjeu clé. Mais concrètement, comment faire du foncier le support de la biodiversité ? L’écologue Marine Tremège explique comment les enjeux écologiques sont intégrés aux projets immobiliers, de la conception à l’exploitation.

Associer vivant et construction pour promouvoir une véritable biodiversité urbaine, c’est l’objectif que s’est fixé OGIC, notamment dans le cadre de sa politique de RSE. Si notre métier de promoteur immobilier implique de laisser une empreinte dans la ville, nous avons choisi d’ériger la préservation de la biodiversité et l’excellence écologique en priorités, afin d’intégrer la nature dans nos programmes dans une logique de continuité, et non de fragmentation.

Cette ambition se matérialise et est guidée par la prise en compte des exigences du label Biodivercity® dans la conception, la construction et l’exploitation de chacun de nos programmes. A travers cet engagement RSE, nous avons également lancé la labellisation de toutes les opérations de plus de 25 lots. C’est dans ce contexte qu’OGIC fait appel aux services d’un écologue. Cet expert de la biodiversité analyse le potentiel écologique du site au regard de la situation existante pour orienter les choix de conception future En 2019, 17 études ont été menées. Comment se déroule l’intervention d’un écologue ? Quels sont les critères pris en compte ?

Marine Tremège travaille comme écologue, depuis 2017, pour le bureau d’études Etamine. Elle s’y occupe des questions d’écologie urbaine après avoir suivi un cursus scientifique à l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC) et une formation sur la biodiversité au Muséum national d’Histoire naturelle. En charge de plusieurs projets OGIC, la jeune femme nous explique son activité et les différents champs de son intervention.

En quoi consiste votre métier d’écologue au sein du bureau d’études Etamine ?

Marine Tremège. Ma mission est d’accompagner des porteurs de projets, acteurs publics ou privés, sur les questions de biodiversité. Je les aide à réaliser leurs objectifs, qu’ils soient incitatifs ou réglementaires, comme dans le cadre d’une labellisation environnementale pour le groupe OGIC. En général, j’interviens dès le début d’un projet, lors des études de conception et de programmation, et jusqu’au chantier.

Concrètement, comment travaillez-vous ?

Marine Tremège. La première étape est de me rendre sur les lieux à étudier, de une à deux journées suivant la densité du site. J’inventorie de manière exhaustive la faune et la flore présentes. Je rédige, ensuite, un rapport destiné au porteur de projet, à l’architecte et au paysagiste. Je leur indique s’il y a un espace protégé à proximité et un intérêt écologique hors-site. Je fais aussi un focus sur le site en reprenant la liste des espèces répertoriées.

Mon but est d’identifier clairement les enjeux écologiques à prendre en compte et d’être force de proposition dans un bon équilibre lors de la conception. Le travail initial de diagnostic permet d’orienter les choix structurants du projet comme les éléments en faveur de la faune, guider les choix paysagers, limiter l’impact du bâti, l’imperméabilisation et favoriser la biophilie.

 

Quel est votre rôle lors des phases de chantier et d’exploitation ?

Marine Tremège. Pour les missions où mon intervention se poursuit pendant la phase de réalisation, je sensibilise et guide les entreprises de chantier. Je leur indique les périmètres sur lesquels il ne faut pas intervenir afin de préserver la biodiversité, ainsi que la prise en compte du cycle naturel des espèces dans la planification. Par exemple, l’idéal est de ne pas construire au mois de mars pendant le printemps. C’est la période de reproduction des animaux.

En phase d’exploitation du bâtiment, lorsque les occupants s’installent sur le site, je peux intervenir pour la gestion des espaces verts. Je vais alors donner des conseils aux habitants pour choisir les produits d’entretien et les fréquences d’utilisation à travers des supports pédagogiques comme des plaquettes distribuées ou encore une signalétique dans les espaces communs. Afin de m’assurer que la démarche se pérennise en exploitation, je prends également en charge la mise en place de l’accompagnement des résidents par des acteurs spécialisés (souvent associatifs), aussi créateur de lien social au sein des projets.

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L’intervention d’un écologue est-elle obligatoire lors d’un projet immobilier ?

Marine Tremège. Les nouveaux bâtiments sont soumis à de nombreuses réglementations pour permettre des économies d’eau, d’énergie, etc. Mais les objectifs de biodiversité ne sont pas encore intégrés en tant qu’engagements de résultats, ni de moyens. En effet, l’intervention d’un(e) écologue n’est donc pas incité systématiquement !

En veillant aux sols, il est possible de limiter des inondations, d’empêcher la formation d’îlots de chaleur en ville et de réduire les nuisances de la pollution sur la faune. Il est essentiel, aujourd’hui, de s’inscrire dans une démarche écologique protégeant la biodiversité comme le fait déjà OGIC avec le label exigeant BiodiverCity® pour ses constructions ou ses réhabilitations. Ce programme valorise les actions en faveur de la biodiversité de la conception du projet jusqu’à sa phase d’exploitation.

« Avec le confinement, chaque habitant a pu se rendre compte à quel point nous avons besoin de la nature en ville. »

Marine Tremège, écologue du bureau d'études Etamine

Pourquoi est-ce important pour un promoteur immobilier de veiller à ces enjeux environnementaux ?

Marine Tremège. Les enjeux liés à la préservation et au développement de la biodiversité sont aujourd’hui de plus en plus intégrés dans les consciences, et se matérialisent avec une demande croissante de nature en ville et d’espaces verts. Avec le confinement, chaque habitant a pu se rendre compte à quel point nous avons besoin de la nature en ville et de la relation au végétal pour le bien-être.

Autre raison, les promoteurs sont les premiers pourvoyeurs fonciers et sont dans une position d’acteurs de la transition écologique. La prise en compte de la biodiversité doit être traitée avec importance, au même titre que la performance énergétique ou la neutralité carbone.

Les bâtiments sont construits et rénovés pour durer le plus longtemps possible. L’intégration du végétal par le vecteur de la biodiversité contribue également à la création d’îlots de fraîcheur, bénéfique dans une vision de résilience au changement du climat.

Les promoteurs peuvent faire bouger ces leviers. Le foncier est le support de la biodiversité. Les promoteurs doivent s’emparer de ce sujet au maximum par anticipation dans les projets comme le fait OGIC aujourd’hui.

Quels projets menez-vous pour OGIC ?

Marine Tremège. Le bureau d’études Etamine travaille à ce jour pour OGIC sur plusieurs projets en Île-de-France, à Lyon ou encore à Annecy. Je m’occupe justement depuis 2018 d’une opération de logements neufs en Haute-Savoie, le programme Icône. Il est implanté sur un terrain où se trouvent des maisons individuelles avec des jardins privatifs. Celles-ci sont supprimées, le terrain aplani et 75 logements vont être construits. On est encore en phase de conception. La livraison de ces habitations à Annecy est prévue pour fin 2022.

Quels sont les enjeux sur ce projet à Annecy ?

Marine Tremège. Notre but est d’obtenir le label BiodiverCity® lors de la livraison des logements. Pour y arriver, nous devons accorder nos réflexions avec les responsables du programme, l’architecte et le paysagiste. Deux axes sont à respecter : veiller à la faune et à la flore, ainsi qu’aux bienfaits de la biodiversité pour les habitants.

Nous menons un travail important sur les percées visuelles. Quand les gens vont passer dans la rue, ils auront la sensation d’interaction avec le végétal depuis l’intérieur de l’îlot central du bâtiment qui est végétalisé. Côté habitants, les bâtiments auront différentes hauteurs pour offrir des vues sur le lac d’Annecy et sur les toitures végétalisées.

La conception des espaces verts est un autre point clé. Ce projet a un cadre environnemental très riche avec le lac, les canaux, des arbres remarquables inscrits au plan local d’urbanisme (PLU), un environnement peu dense… Nous veillons à la biodiversité locale en préservant l’existant tout en assurant une cohérence avec les nouvelles plantations. Nous allons végétaliser le cœur du projet et son pourtour afin de recréer des liens écologiques avec les espaces environnants. C’est important que les animaux, les insectes et la végétation ne soient pas bouleversés par la construction. Le projet doit s’intégrer au sein de la nature déjà présente.

Concrètement, je vais étudier le bon équilibre sur les épaisseurs de la terre pour la plantation, la palette végétale proposée par le paysagiste, prévoir des aménagements d’accueil comme des nichoirs pour les oiseaux, des abris d’insectes, etc. Cela permet aussi de faire de la pédagogie auprès des usagers. Enfin, je vais faire attention aux produits phytosanitaires employés pour respecter la santé des occupants. Notre priorité est de permettre aux habitants de bien vivre.