OGIC

#

Réinventons les lieux de vie, pensons nudge

Nous aspirons au changement. Nos villes, nos lieux de travail, nos maisons ne peuvent plus être conçus comme avant et doivent correspondre à notre monde et à ceux qui y vivent. Aujourd’hui. C’est pourquoi, chez Ogic, nous avons voulu donner une impulsion nouvelle : rendre sa place à l’humain dans la conception des lieux de vie grâce aux avancées des sciences du comportement. Je suis heureux de vous présenter le premier immeuble 100% nudge au monde.

Je vous en avais parlé dans ma précédente tribune : être promoteur, pour moi, c’est aussi donner une impulsion nouvelle, quitte à bousculer les choses.

Depuis longtemps, nous sommes nombreux – architectes, urbanistes et tant d’autres – à rêver d’une architecture davantage pensée et conçue pour les femmes et les hommes qui en sont les usagers. Cette ambition a une histoire prestigieuse. Elle est au fondement de l’urbanisme avec les « garden cities » anglaises; elle est au cœur de la révolution du mouvement moderne en architecture (pensons au Modulor !) ; et elle se retrouve à notre époque, dans des projets de logements modulables, dans les éco-quartiers, et même dans l’habitat participatif.

Cependant, je pense qu’il manque à ces efforts d’invention un outil pour mieux comprendre les réalités humaines, pour mieux saisir les déterminants des milliers de petites décisions quotidiennes qui sont la matière de ce qu’on appelle, souvent de manière trop abstraite, « les nouveaux modes de vie ».

Venu du monde universitaire américain, le nudge est un concept des sciences du comportement, qui peut faire la différence.

L’idée, c’est que notre environnement de vie doit être pensé avec, en tête, les mécanismes souvent contre-intuitifs, parfois irrationnels qui gouvernent l’esprit humain. Ces biais sociaux, émotionnels, cognitifs qui préludent à nos choix, la démarche nudge consiste à les prendre (enfin !) en compte, que ce soit dans le but de nous inciter à agir de façon plus responsable, pour nous rapprocher les uns des autres ou, tout simplement, pour nous faciliter la vie.

Dans plusieurs pays, les résultats étonnants de ces démarches suscitent un intérêt croissant, et donnent lieu à la constitution de nudge units, comme cela a été le cas dans les gouvernements de Barack Obama, David Cameron ou Angela Merkel. Vous le trouverez appliqué au recyclage aux Etats-Unis, ou encore à l’amélioration du bien-être des habitantsd’un quartier en Grande-Bretagne.

Chez Ogic, nous avons voulu appliquer l’approche nudge à l’un de nos projets, qui verra le jour fin 2019 dans la ZAC Paris Rive Gauche, dans l’élan inauguré par « Réinventer Paris ». Cet immeuble 100% nudge dessiné par les architectes Catherine Dormoy et Vincent Parreira, sera une première en France et dans le monde. Il est le produit d’un partenariat avec la nudge unit de BVA, notamment Eric Singler, qui en est le spécialiste en France.

Le nudge appliqué aux lieux de vie

Penser nudge, c’est repartir des usages.

Avec BVA, nous avons cherché à transposer tous ces principes à l’ensemble du projet Massena-Chevaleret, de la structure même du bâtiment jusqu’aux plus petits détails. Dès le départ, nos équipes ont travaillé sur des structures porteuses flexibles, qui permettent à nos 130 logements d’être évolutifs et réversibles, prêts à s’adapter aux besoins des habitants d’aujourd’hui et de demain.

Les effets-nudge ont ici deux fonctions : favoriser les écogestes et créer du lien social.

Pour favoriser les écogestes, je vous donne un exemple parmi de nombreux autres présents sur l’immeuble nudge. Nous avons prévu, sur le modèle du fournisseur d’électricité américain OPower, d’envoyer chaque mois un bilan énergétique comparatif aux ménages. Il s’agit de mettre en perspective les consommations du ménage avec celles d’autres ménages comparables, en préservant l’anonymat de chacun. Ce simple mode de présentation active une mécanique bien connue de chacun de nous : les ménages les plus responsables se sentent valorisés et font encore mieux ; les ménages se sentant moins concernés par leur consommation énergétique cessent peu à peu de se trouver des excuses et améliorent avec le temps leur comportement. En un mot, une émulation positive remplace un sentiment de déresponsabilisation – qui était le frein décisif aux éco-gestes dans la vie de tous les jours. Ce nudge n’est pas une hypothèse de travail, son efficacité a déjà été testée et prouvée.

Un autre ressort pour ces écogestes : les rendre plus faciles ! Nous avons constaté l’augmentation des dépenses énergétiques liées aux appareils en veille. Ordinateurs, box internet, lecteurs dvd… ils représentent environ 11% de la consommation d’un ménage selon l’ADEME. Sur un an, une télévision a davantage consommé durant le mode veille que lorsqu’elle était allumée ! Une consommation cachée qu’il est aujourd’hui difficile de contrôler. La solution ? Nous avons développé un interrupteur spécifique qui permet de ne couper que l’alimentation de ces appareils, et cela d’un seul geste. Le nudge par la simplicité.

Sur la création de lien social, l’approche est identique. Nous avons mené avec BVA une étude sur les raisons pour lesquelles les gens parlent, ou non, à leurs voisins. Le résultat fut surprenant. Chacun d’entre nous parle peu à ses voisins parce que (1) cela a peu d’intérêt, et (2) parce que nos voisins en savent déjà un peu trop sur nous. Vision désenchantée du voisinage en ville, alors même que l’anonymat de la grande ville est partout décrié !

Quelles réponses nous donne le nudge pour résoudre ce paradoxe ? Redonner de l’intérêt aux voisins c’est d’abord trouver d’autres manières d’entrer en relation avec eux. Pour cela, nous avons élargi et enrichi de nouvelles activités dans l’espace situé entre la rue et les appartements privatifs. Cet espace autrefois interstitiel et dédié à la distribution des appartements devient central, réceptacle de nombreux services et d’activités, et se différencie en une multiplicité de lieux de vie. Se constitue ainsi un village vertical. Ensuite, il faut redonner aux habitants les moyens et la maîtrise de leur communication avec leurs voisins. A l’image de l’habitat individuel, nous leur permettons de personnaliser leur palier, que ce soit pour accrocher un vélo, ranger leurs baskets ou leur bibliothèque, ou installer une chaise longue… C’est un moyen tout simple d’afficher – s’ils le souhaitent ! – leur identité… et ainsi d’inciter à l’échange selon leurs termes. Le nudge est ici tout à la fois un dispositif architectural et programmatique !

Une impulsion qui n’a de sens que dans la durée

Souvent, on entend que le rôle du promoteur immobilier s’arrête à la livraison du projet. Je pense que cela aussi, est dépassé : notre ambition ne sera pérenne que si nous savons en mesurer l’impact, à la fois environnemental et humain.

C’est la raison pour laquelle nous allons piloter la consommation énergétique du bâtiment pour la comparer avec d’autres immeubles témoins, en partenariat avec la startup eGreen – mais aussi poursuivre notre collaboration avec BVA, en menant une étude avec les habitants qui le souhaitent, autour de la notion de vivre-ensemble, en comparant le rapport qu’ils entretiennent avec leur voisinage dans leur nouveau lieu de vie avec les liens tissés dans leurs anciennes habitations, à 5 ans, 10 ans…

Mon expérience du métier m’a donné cette conviction : être promoteur, c’est s’engager dans la durée. C’est nécessaire si nous voulons, ensemble, faire surgir une nouvelle nature de ville.

Emmanuel Launiau

 

 


Vous pouvez aussi lire les autres publications d’Emmanuel Launiau sur LinkedIn et le suivre sur Twitter.