OGIC

#

Paul Arène, paysagiste : « Mille Arbres, c’est le plus grand défi de ma carrière »

Mille Arbres, ce n’est pas que le nom de ce projet lauréat du concours Réinventer Paris, c’est aussi le nombre précis d’arbres qui viendront habiller le bâtiment en forme de pyramide inversée imaginé par Sou Fujimoto et Manal Rachdi. Entre campagne à la ville et jardins verticaux raffinés, Paul Arène, le paysagiste choisi pour concevoir l’aménagement paysager de Mille Arbres, nous en dit plus sur les défis que représente un tel projet.

Comment s’est passée la conception de l’aménagement paysager de Mille Arbres ?

C’est lors d’une réunion en présence des architectes du projet et des deux promoteurs que l’idée d’une centaine d’arbres, puis de mille arbres, est venue pour habiller le toit de ce volume unique. C’est d’ailleurs comme ça qu’il a été décidé que ce projet s’appellerait Mille Arbres !

C’est un projet très pointu, qui quantifie le végétal pour la première fois – une vraie particularité par rapport à l’ensemble des projets de Réinventer Paris. Et c’est également un vrai défi technique de planter mille arbres dans un périmètre défini, celui de cet immeuble assez extraordinaire, au-dessus du périphérique qui est très polluant.

De plus, ces mille arbres, qui arriveront adultes, seront plantés hors sol, ce qui nécessite un suivi régulier dans le temps pour s’assurer qu’ils s’acclimatent bien à leur nouvel environnement. C’est donc un vrai challenge du point de vue de l’aménagement paysager. J’irai même plus loin : Mille Arbres, c’est le plus grand défi de ma carrière !

Concrètement, en quoi consiste cet aménagement paysager ?

Il y a quatre thématiques entremêlées dans ce projet, vraiment différentes les unes des autres, pour créer un sentiment de surprise à chaque changement d’étage ! Il y a d’abord le R+1, qui représente l’espace boisé de plain-pied : il s’agit de créer un véritable bois avec des arbres de différentes tailles et d’espèces diversifiées, du bois mort par terre… L’idée est d’avoir un résultat très naturel, très fouillis, pour retrouver une ambiance de balade en forêt.

La deuxième thématique est celle que l’on retrouve au R+7, où de nombreux petits patios, ouverts sur le huitième et dernier étage, desservent chacun des appartements. Cette configuration m’a fait penser aux riads du Maroc, qui ont des jardins en rez-de-chaussée sur lesquels donnent les étages. J’ai donc voulu répliquer ce principe en concevant des petits jardins cocoonings, avec des points d’eau, des plantes généreuses, un beau dallage en pierre, pour un résultat raffiné qui donne envie de se poser, de discuter avec le voisin…

La troisième thématique est celle des atriums végétalisés qui traversent le bâtiment de haut en bas. Ils sont conçus comme de véritables jardins à la verticale, chaque balcon étant entouré de jardinières plantées, de végétation luxuriante, riche, débordante, et assez sphérique dans son aspect général. C’est une partie très intéressante de ce bâtiment qu’il va falloir faire vivre, pour obtenir un résultat très inspiré des jardins de Babylone.

La quatrième et dernière thématique est aussi la plus iconique : c’est celle du R+8, où se trouvent toutes les maisons. Pour cette grande terrasse plantée d’arbres, on est plutôt sur une idée de jardin boisé, avec des allées venant distribuer les différentes maisons, des petits jardins non privatifs… L’esprit est très « campagne à la ville », entre ciel et terre. Cette impression d’être entre deux mondes est renforcée par le fait que, la végétation est aussi bien horizontale que verticale dans cette zone, puisqu’elle donne sur les patios du R+7 ainsi que sur les atriums végétalisés.

A quels défis avez-vous été confronté pendant l’élaboration de ce projet ?

Ils sont très nombreux ! Il y a d’abord un défi autour de la question des déchets produits par les végétaux : pour répondre à ce défi, nous allons mettre en place différents compostages dans chaque thématique et tout sera composté et recyclé sur place, avec un objectif zéro évacuation.

Il y a également un défi technique, notamment de mise en place des mille arbres, qui arriveront tous adultes sur site. Pour pallier cette difficulté, plusieurs ateliers thématiques réunissant les différentes entreprises impliquées ont été menés.

Il y a également, bien évidemment, un défi environnemental posé par la situation géographique de l’immeuble, au-dessus du périphérique. Pour gérer au mieux le problème de la pollution, nous misons très fortement sur la photosynthèse, l’action par laquelle les plantes absorbent du gaz carbonique et rejettent de l’oxygène sous l’influence du soleil.

Pour que les mille arbres du projet absorbent une grande partie des émissions de gaz carbonique du périphérique, il faut que les feuilles soient débarrassées au maximum de la poussière qui pourrait empêcher la réalisation de la photosynthèse. C’est pourquoi nous avons mis en place une brumisation quasi permanente des feuilles pour in fine, offrir un air plus pur aux habitants.

On parle beaucoup de biodiversité quand on évoque le projet Mille Arbres… Comment va-t-elle se mettre en place ?

Avec le temps ! Si nous apportons dès la phase de travaux une vraie diversité végétale, il n’y a qu’avec le temps que peut s’installer la même diversité au niveau de la faune. Les jardiniers auront dont un travail conséquent : celui de laisser pousser, de laisser vivre la végétation, afin qu’elle trouve sa place de manière naturelle dans ce bâtiment vivant.

Le vent apporte des milliers de petites graines, pour certains ce sont des mauvaises herbes, moi je ne le vois pas comme ça : c’est une richesse supplémentaire en termes de biodiversité. Qui a bien besoin de deux ou trois ans pour s’installer. C’est pour cela que nous avons un programme d’accompagnement des jardiniers pendant dix ans.

Plus généralement, nous visitons également régulièrement des projets similaires à Mille Arbres : nous étions d’ailleurs récemment à Milan pour voir de plus près les Tours Bosco de Stefano Boeri. Cela nous permet de voir comment des projets d’immeubles végétalisés vivent sur le long terme, et comment cela fonctionne avec les habitants. Riche d’enseignements !