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« Avec New G, notre métier, c’est d’inventer un monde »

Francis Van Waweren, directeur technique chez OGIC, est spécialisé dans les projets complexes. C’est donc tout naturellement, qu’après le concours du projet Mille Arbres, qu’il s’est vu confier la supervision de la conception de New G, premier immeuble nudge au monde, en plein cœur de Paris, au-dessus des voies ferrées menant à la Gare d’Austerlitz. L’édification de ce village vertical de onze étages, en ossature bois, bourré d’innovations tournées vers les économies d’énergie et le mieux vivre-ensemble, a demandé de relever de nombreux défis techniques. Revue de détail.

Quel est le rôle d’un directeur technique ?

Le directeur technique est chargé de garantir, auprès d’un promoteur, la maîtrise des risques techniques. En d’autres termes, il est garant d’une conception conforme aux règles de l’art et à la réglementation, tout en maîtrisant les coûts et les délais. 

Cela m’amène à désigner puis à piloter une équipe de spécialistes pour concevoir l’ensemble du projet, et à définir la stratégie et réaliser l’appel d’offre auprès des entreprises. Mon rôle consiste ensuite à organiser, lancer et suivre le chantier.

Comment intervenez-vous sur le projet New G ?

Ma journée-type ? J’enchaîne les réunions avec des intervenants externes – des architectes, des bureaux d’études, des industriels, des fabricants, des entrepreneurs – mais aussi avec les équipes internes, pour discuter de l’avancement du projet, des stratégies à mettre en place  – de la phase de conception du concours au lancement des travaux via le permis de construire et le lancement commercial.

Après le concours gagné de Mille Arbres, New G est devenu mon principal dossier. Étant spécialiste chez OGIC des projets complexes et à hauts risques, je suis amené à trouver des solutions spécifiques d’organisation de travail et des solutions techniques qui n’existent pas et pour lesquelles il n’y a aucune référence en France, voire dans le monde ! C’est pourquoi il était particulièrement intéressant pour moi de travailler sur ce projet bourré d’innovations, qui engendre son lot de défis.

Justement, à quelles difficultés techniques avez-vous été confronté sur ce projet ?

La difficulté principale est que New G doit être construit sur une méga-structure en béton qui couvre le faisceau ferroviaire venant de la Gare d’Austerlitz. Cette structure de couverture a été conçue pour un autre bâtiment qui n’a jamais vu le jour. Il a donc fallu élaborer un projet qui soit le mieux adapté possible à la structure existante, c’est-à-dire qu’il fallait que les charges soient bien réparties sur les différents points d’appui prévus initialement. 

Par ailleurs, c’est le premier immeuble à usage de logements et commerces en France, et l’un des plus hauts du monde, de grande hauteur – 45 mètres – en ossature bois. Aucune référence technique n’existait sur un bâtiment de ce type en France et uniquement 2 dans le monde (au Canada et en Norvège), il a donc fallu tout créer, en étant confronté en permanence au fait de trouver des solutions et de les faire valider auprès des organismes de contrôle, internes ou externes. 

Le côté modulable des logements est également un véritable défi : il faut que la conception permette la modularité des logements, la flexibilité et l’évolutivité de l’aménagement intérieur. Il a donc fallu imaginer une structure générale adaptée. Ceci est aussi permis par les coursives et passerelles extérieures qui desservent les bâtiments. A noter que pour simplifier le tout, les coursives, les passerelles ainsi que certains escaliers extérieurs ne se superposent pas d’un niveau à l’autre. Les « nudges » visant la performance environnementale et le bien vivre ensemble génèrent aussi plus d’une vingtaine d’innovations intégrées au projet.

Mais le challenge, au fond, sur ce type de projet complexe est surtout humain : il est très compliqué de développer un projet avec une quarantaine d’intervenants qui travaillent au quotidien sur le même dossier. Il y a un véritable enjeu de management pour que personne ne cède à la fatigue ou à la frustration car, porter un tel projet demande beaucoup d’énergie, d’allers et retours et de patience! L’acte de construire est un acte généreux : pour relever ce défi avec brio, il est nécessaire que ce soit conçu et construit dans la joie et la bonne humeur. C’est avant tout un travail d’équipe. 

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Comment relevez-vous ces différents défis ?

Pour ce qui est d’adapter puis de construire sur la méga-structure ferroviaire, nous travaillons avec les ingénieurs et le bureau d’études de la SNCF, ce qui est totalement inédit : en principe, la SNCF refuse toute intervention extérieure sur ses structures. En plus du permis de construire, nous devons obtenir une autorisation de leur part en phase conception puis en phase réalisation.

Nous avons dû également détailler très précisément le mode opératoire de construction : pour ne pas que la structure se déforme, il faut que la répartition des charges – bâtiment en construction, mais aussi engins de chantiers – soit équivalente à tout moment.

Sinon, de façon plus générale, je me remonte les manches ! 

Il est tout d’abord nécessaire de mettre en place une organisation de travail spécifique. Par exemple, pour Mille arbres, il a été nécessaire de rassembler tous les intervenants sur un plateau de travail commun. Il faut que toute l’équipe soit très créative, à la recherche de tout ce qui se crée au niveau industriel, visiter des usines, des chantiers,… Créer des contacts et tisser des relations de confiance avec les organismes de contrôle tels que le CSTB, la CRAM, … aussi avec tous les intervenants de la filière bois avec de maitriser la provenance du bois, sa transformation et son assemblage en usine, son transport et sa pose sur le chantier.

Notre métier, c’est d’inventer un monde ! Il faut être à l’écoute, réactif, se remettre en cause et sans arrêt prêt à oser des choses que personne n’a jamais osées auparavant… 

C’est tout sauf un petit train-train ! 

Selon vous, que représente le projet New G pour OGIC ?

C’est d’abord une très belle illustration de l’identité que souhaite développer OGIC, autour du bien-être des habitants et du bien vivre ensemble, et qui s’insère parfaitement dans le cadre de la « nouvelle nature de ville » que nous souhaitons faire surgir. 

Ce projet est également révélateur, à mon sens, de la capacité d’OGIC à prendre des risques, à déblayer de nouveaux champs, à expérimenter pour promouvoir des programmations toujours plus pointues et innovantes.

Enfin, il s’agit du premier immeuble nudge au monde, en plein cœur de Paris. Ce projet est donc extrêmement important pour la crédibilité d’OGIC, mais aussi pour le rayonnement de la ville et de toute l’Île-de-France.

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